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HAÏTI - aujourd'hui avec le recul Imprimer Email

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Pour une fois soyons lucides. Disons les choses comme elles sont. La phase de première urgence (premier mois de la crise en janvier 2010) en Haïti ne s’est pas si mal passée au vu de la gravité de la crise.


Par Laurent Coste,
Directeur du COSI

Les critiques sur le déploiement de la multitude des ONG internationales qui aurait embouteillé l’aéroport ont fusé. Les uns parlant du trop plein de secours, les autres argumentant sur le mauvais rendement par rapport au nombre de victimes secourues. C’est un vieux discours qui n’a d’autre vocation que d’exister dans les médias.

Embouteillage logistique à Port au Prince
L’argumentation du trop plein d’ONG et la désorganisation qui en découle ne tient pas. Rappelons que l’aéroport de Port au Prince n’a pas été détruit par le séisme comme on a pu le dire. L'armée américaine en a simplement débranché les appareils de navigation aérienne et en a pris le contrôle. On comprendra aussi aisément que du fait de la concurrence, perdue d’avance, que se sont menés les gouvernements français et américain ne jouait pas en faveur des ONG françaises. Redisons le, dans ce type de crise, les intérêts des gouvernements sont purement économiques, n’en soyons pas dupes.
D’autre part, les ONG multinationalistes, ont fait monter les enchères sur, par exemple, le tarif de location des véhicules de transports reliant St Domingue à Port au Prince. De 1000 à 2000 euros pour parcourir seulement 100 kms. C’est inacceptable. L’éthique en prend un coup  ne trouvez-vous pas ?

L’organisation des secours à Port au Prince
Lors d’une catastrophe naturelle le système est aujourd’hui mieux rodé. Les Nations Unies enregistrent les secours arrivant à l’aéroport puis organisent une réunion matin et soir pour donner les consignes, faire le point sur le travail fait et à faire. Dans la phase de première urgence, aucune coordination ne sera jamais parfaite. Il faut juste essayer d’organiser le chaos en centralisant les informations et les partager. Aujourd’hui cela se fait. Je me rappelle, il y a quelques années, il était courant que plusieurs équipes de secours se retrouvent sur un même chantier, un même dispensaire pour faire la même chose… Aujourd’hui ce n’est plus vrai. A Port au Prince en janvier, les problèmes étaient dus à ceux qui n’ont pas joué le jeu de cette coordination. Ceux qui se sentent tellement puissants qu’ils pensent avoir les moyens de gérer par eux même la crise.

La guerre des chiffres
Entre ceux qui annoncent des chiffres de consultations aux dispensaires énormes, alors qu’ils viennent juste d’arriver, en sachant bien que personne ne pourra le vérifier. Les autres qui ont les moyens de prendre en charge une très grande quantité de bénéficiaires, mais qui pour ce faire ont besoin d’une logistique lourde et plus longue à mettre en place. Il y a, je crois de la place pour les structures moyennes comme COSI qui est légère et mobile pouvant palier à l’urgence pendant que la grosse logistique se met en place.
D’autre part, l’argument mis en avant qui consiste à dire que le rendement, entre le nombre de personnes sorties des décombres et le nombre de secouristes, est mauvais. Comment est-il possible de compter en ces termes. Une vie est une vie. Quel médecin, quel homme peut se dire j’envoie les bulldozers sur des décombres dans lesquelles je pense qu’il y a encore quelqu’un de vivant. Aujourd’hui, on n'a plus le droit d’utiliser cette argumentation car on peut trouver, secourir ces survivants.

 


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