HAITI : Témoignage médical

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"Bonjour, comment tu t'appelles?" demandai-je à cette petite fille de quatre ans debout devant moi. Le visage cerclé d'un pansement poussiéreux elle me répondit :"je m'appelle Jessee". "Et moi, tu sais comment je m'appelle?" lui dis- je encore. Elle me répondit timidement, "tu t'appelles blanc". Cette réponse m'a arraché un sourire tant ses mots étaient naturels. Mais elle, elle n'avait pas envie de sourire. Sous le bandage couvrant son front, ses yeux pleins de tristesse, de désespoir, semblaient chercher du réconfort.


Elle cherchait peut être dans mon regard de blanc Européen à combler le vide que le séisme lui a infligé en lui enlevant à tout jamais sa mère, sa soeur et d'autres membres de sa famille. Je m'applique tant bien que mal à soigner ses plaies mais à chaque tour de bandage que je dépose sur sa tête je me dis que je ne panserai jamais la plaie affective de son coeur. Que de situations terribles nous avons rencontrées encore une fois sur ce théâtre de catastrophe. Malgré mon expérience des missions avec le COSI, l'émotion m'envahit à  chaque soin prodigué. Les larmes me montent aux yeux à chaque fois que je refuse de donner de l'eau à un enfant qui me réclame à boire. Pourtant il a vu que je dissimule dans la poche dorsale de mon gilet, une bouteille d'un demi litre d'eau. Il a vu que de temps en temps, discrètement, je la porte à mes lèvres pour en boire une gorgée. Mais je ne peux lui donner une goutte, car assis autour de nous sous le soleil de plomb, il y a plusieurs dizaines d'autres personnes qui ont soif, qui ont faim. Ma maigre ration d'eau quotidienne ne permet pas de donner une simple goutte à chacun. Il en va de ma survie de me comporter en égoïste. Mais dignement, si tous me demandent à boire, jamais aucun d'entre eux n'a insisté. Alors, grâce à Maria, secouriste locale, ils ont imaginé une autre stratégie. A chaque fois qu'un hélico de l'armée américaine survole la cour de l'école ou nous sommes installés, les enfants courent, s'allongent au sol de telle sorte que leur corps alignés écrive « HELP » en majuscule. Ils répètent ce geste à chaque vol au dessus de leurs têtes avec l'espoir d'être aperçus, comme si leur salut viendrait du ciel autant que le malheur est venu de la terre.  Quelle leçon de courage nous inflige le peuple Haïtien! Alors je m'efforce de me concentrer sur le flot des blessés qui arrive vers nous. Fractures multiples, plaies infectées, gangrenées, paralysies, amputations, bref toutes les situations de médecine de guerre sont là. L'équipe prodigue des soins, confectionne des attelles de fortune. La difficulté et de savoir que faire des blessés une fois les premiers soins donnés. Les hôpitaux sont soit détruits soit "sursaturés", il  manque de tout. L'aide complé-mentaire tarde à venir alors nous représentons un peu de réconfort même si cela est  peu. Comme tous les secouristes qui sont intervenus en Haïti,  ce séisme restera à jamais dans ma mémoire, mais la mémoire des Haïtiens, sera, elle, à tout jamais meurtrie. I•I

Thierry Catalano - Infirmier

 


Un film réalisé par les équipes médicales lors d'une intervention dans un dispensaire de Port au Prince.
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